Pléonasmes à tire-larigot

C’est la rentrée. Et avec cet événement annuel, reviennent les discours pompeux de nos dirigeants. Chaque fois, les mots sont bien choisis, bien utilisés, des habitudes de langage et de communication bien rodées. Sauf que beaucoup n’échappent pas à la manie des pléonasmes. Alors, faisons une petite liste des expressions couramment utilisées et qui pourtant sont belles et bien des pléonasmes. La plus classique : « Au jour d’aujourd’hui ». Stop, arrêtez. Déjà, c’est moche, et ensuite, c’est vraiment un pléonasme. « Hui » signifie déjà « ce jour présent », donc « au jour d’aujourd’hui » est un double pléonasme ! « S’avérer vrai » : quelque chose ne peut pas « s’avérer faux », puisque Avérer veut tout simplement dire « confirmer comme vrai ». « Car en effet » : bon, pas besoin d’explication, les deux mots veulent dire la même chose. De même que « mais pourtant » ou « mais néanmoins ». « Voire même » : celle là, je l’ai faite un temps. En fait, « voire » est équivalent à « même ». Donc on évitera cette expression. Le « tri sélectif » : ouais, vous êtes en train de réaliser que vous utilisez tous les jours un sacré pléonasme. Trier, sélectionner, c’est un peu du pareil au même… « Comme par exemple » : y en a un de trop ! « Bip…

Régalons-nous de conserve

De conserve ou de concert ?   Régalons-nous de conserve ou apprenons de concert ? À priori, les deux expressions sont tout à fait correctes et synonymes. Il existe pourtant une subtile différence qui n’a pas échappé au professeur Boghos en ce studieux lundi matin.Revenons à l’origine de ces deux expressions . « De concert » ne vient pas d’un quelconque orchestre, mais bien du mot « concertation« . Il s’agit donc de signifier un accord entre individus partageant le même but, le même objectif. « De conserve » vient du temps des pirates (la classe). À l’époque, les capitaines de bateaux innocents, pour se protéger, tenter de voyager en groupe afin de se protéger mutuellement (« cum » (ensemble) « servare »(garder, préserver)). Dans les deux cas, il s’agit bien de s’allier dans un objectif commun, de se rassembler pour atteindre un même but. Mais s’il y a eu concertation préalable, il est préférable d’utiliser « de concert ». (crédits photo : Café Crême Paris)

Lundi : je vous saurais gré de ne pas me réveiller…

Fini le weekend ! Reprenons nos cours en douceur. Désormais, le lundi, on parlera des barbarismes. Ces mots ou expressions qui sont mal employés, déformés ou plus généralement les anglicismes abusifs. Ainsi par exemple, « je vous serai gré de bien vouloir découvrir ce que j’écris » est un barbarisme. Le verbe est « savoir gré » et non « être gré ». Être reconnaissant envers quelqu’un de quelque chose. « gré » ne saurait être utilisé autrement qu’avec le verbe savoir. C’est un substantif invariable. On écrira dont correctement : « Je vous saurai gré de prendre plaisir (beaucoup de plaisir) à lire ce que j’écris » (photo : Wentworth Miller, Helle aura reconnu)

Avez-vous quelqu’un en vue ?

« En vue de » / « Au vu de » La règle, il faut juste la savoir : on écrit « au vu de » ou « au vu et au su de » (signifiant « en tenant compte de ») avec le mot « vu » au masculin tandis que « en vue de » (dans le sens « pour ») s’écrit avec le mot « vue » au féminin. Ainsi, en vue de vous satisfaire pleinement, au vu du succès du professeur, je vous annonce qu’il a fait ses premiers pas sur une feuille de papier virtuelle. Je me lance dans l’écriture d’un petit roman (coquin et humoristique) où il prendra toute sa place. Petit sondage afin de rendre l’écriture participative : vous le préférez blond ou brun (ou roux ou autres…) ? Et quel tranche d’âge ?

Au temps pour vous !

Apparemment, les précédents professeurs étaient trop musclés pour certaines, au temps pour moi ! Oui, j’ai écrit « au temps pour moi » et non « autant pour moi ». L’Académie française privilégie la première expression à la seconde (et non deuxième, parce qu’il n’y en a pas de troisième, suivez un peu !). Il est donc préférable d’écrire « Au temps pour moi » (et puis, avouez, ça en jette en soirée ou autour d’un repas de famille…). Cette expression a, selon les sources, deux origines possibles : militaire ou musicale. Dans les deux cas, quand un soldat/musicien se plantait, il demandait à la parade/à l’orchestre de « reprendre au temps pour moi ». C’est devenu une manière de s’excuser de son erreur. Intéressant, n’est-ce pas ? Et vous, en auriez-vous autant pour moi ? (photo : Michael Fassbender, dédicace à Octavie)

Vendredi : ne faisons pas long feu

C’est vendredi, tout est permis ! Je voudrais vous parler d’un cas d’énantiosémie ! Non, ce n’est pas une maladie orpheline, il s’agit bien d’un mot de la langue française servant à désigner un mot ou une locution signifiant une chose et son contraire. Un exemple classique est le verbe « louer », qui peut vouloir dire à la fois « payer pour obtenir un toit » ou « se faire payer pour offrir un toit », ce qui est l’inverse. Une locution un peu étrange dans sa signification est « faire long feu ». L’on lit parfois « Pensez-vous faire long feu à ce poste ? » ce qu’il faut entendre comme « Pensez-vous durer à se poste ? ». Mais il existe aussi la locution inverse : « ne pas faire long feu », qui veut dire « ne pas durer ». Donc automatiquement, « faire long feu » devrait vouloir dire « durer ». Ainsi, « faire long feu » signifie à la fois « durer » et « ne pas durer », ce qui est une énantiosémie. Je crois qu’aujourd’hui, je vais faire long feu au travail… Ou pas !

Johnny à l’envi !

Bien le bonjour mesdames et mesdemoiselles ! Alors ce matin, une petite dédicace à Odile. Il ne faut pas confondre « envie » et « envi ». Le premier mot vient du latin invidia qui veut dire jalousie, tandis que le second vient du latin invitare qui veut dire convier, inviter. Le mot « envi » n’est utilisé que dans la locution « à l’envi » qui signifie « à qui mieux mieux » ou « avec émulation ». « Ainsi, quand Johnny l’embrassa, il eut envie d’en jouir à l’envi. »

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